IA et anthropomorphisme, la fin de la vallée dérangeante ?

Dans la course technologique à laquelle nous avons pris part, nombre de représentations de l’intelligence artificielle tentent de produire la promesse que nous aurons des “clones” partageant nos émotions et nos mimiques dans les détails les plus saisissants. Un article proposé par Guillaume Navarre, Cofondateur et CCO de Golem.ai

 

Si on s’intéresse au sujet de l’IA, difficile d’échapper à ce genre de visuels de banques d’image : un robot en costume en train de serrer la main à un homme d’affaires, ou encore la reproduction de la chapelle Sixtine où la main d’Adam est remplacée par le bras d’un robot… Des visuels qui font rire dans le meilleur des cas et dans le pire, nous ramènent à nos propres craintes d’être remplacés par un double aux performances supérieures, notre dopplegänger. Pourtant nous sommes encore très attachés à ces représentations qui nous rassurent autant qu’elles nous déçoivent dans leur quête de mimétisme. Mais n’est-ce pas une mode en perte de vitesse ?

 

Pourquoi l’anthropomorphisme ? Ses avantages

Dérivé du grec ancien ἄνθρωπος / ánthrōpos (« être humain ») et μορφή / morphḗ (« forme »), ce terme naît au milieu des années 1700 et parfois appelé “personnification” dans la littérature.

Le principe repose sur le fait de donner des traits humains à des objets et des animaux. C’est en soi quelque chose auquel nous sommes habitués depuis l’enfance si nous avons vu par exemple “la belle et la bête” et ses objets animés ou encore “robin des bois” de Disney et plus récemment “De cape et de crocs”* dans lesquels les animaux s’habillent et vivent comme nous. Prêter des traits humains à des créatures et des objets favorise davantage notre acceptation et notre empathie vis-à-vis d’eux.

Il faut aussi remarquer que le terme d’Intelligence Artificielle est en soi anthropomorphique car il ne s’agit que de programmes informatiques complexes qui résolvent un certain nombre de problèmes auxquels font face les humains. Plutôt que de les concevoir en tant que simples outils, il était plus convenu d’utiliser le terme “intelligence”, qui se réfère à l’intelligence humaine afin d’en faire une bonne représentation et de faciliter son appréhension. C’est pourquoi nous voyons souvent des images pour représenter l’IA avec des “réseaux de neurones” et entendons parler “d’apprentissages”. Des illustrations trompeuses car il s’agit seulement d’approches statistiques. 

 

Quand cela va un peu trop loin… La vallée dérangeante

C’est dans les années 70 que le Japonais Masahiro Mori a parlé pour la première fois, du terme de « Théorie dérangeante »  dans un article, publié dans la revue « Energy » et intitulé « The Uncanny Valley », autrement dit « Vallée dérangeante » ou « Vallée de l’étrange ». Il explique pourquoi ce concept d’anthropomorphisme dans l’IA est dérangeant. En effet, pour lui, plus une créature nous ressemble, plus ses défauts vont nous paraître horribles. Le chemin de l’acceptation du réalisme des androïdes sera long, selon lui, le comparant à la traversée d’une vallée. 

Les premiers exemples qui viennent à l’esprit de chacun quand on parle d’IA humanisée,  ce sont les chatbots ou assistants vocaux, auxquels nous sommes de plus en plus confrontés dans la vie quotidienne. Beaucoup d’entre nous ont fait cette expérience le plus souvent agaçante, lorsque nous recevons une réponse absurde, dérangeante, kafkaïenne. Elle se révèle d’autant plus frustrante que nous avons à faire à quelque chose qui a essayé de se faire passer pour humain, mais qui ne l’est pas… La frustration viendrait alors de l’absurde de la situation et du sentiment d’impuissance face à ce quelque chose qui nous ressemble, mais qui n’est pas nous. 

Cette gêne apparait également dans la robotisation et la recherche du réalisme à outrance. Par exemple, Erica, ce robot humanoïde, créé par Hiroshi Ishiguro, qui a été choisie pour incarner le rôle principal dans un futur film, a répété ses scènes, pour parfaire ses apprentissages et avait même présenté un journal télévisé. Son créateur lui a donné des expressions neutres pour que chacun se projette, mais elle peut quand même exprimer des émotions. Pourra-t-elle nous émouvoir comme Alicia Vikander dans le film « Ex Machina », qui jouait alors le rôle d’un robot humanoïde ? Jusqu’où irons-nous dans cette mise en abyme, à travers cette vallée étrange et dérangeante ?

 

Et le Golem dans tout ça ?

En attendant de dépasser cette vallée dérangeante, il est une représentation de l’intelligence qui se veut anthropomorphique sans être une copie parfaite et malaisante : le Golem. “Golem”, à l’origine veut dire “informe”, cependant la créature que ce terme est censé représenter porte des traits pourtant similaires au genre humain. Chez Golem.ai, nous sommes tout à fait à l’aise avec cette forme, car même si elle tente de nous servir en nous ressemblant assez pour nous être familière, elle ne cherche pas à nous mimer comme un double maléfique.

Si nous devions ne retenir qu’une chose, c’est que la représentation que nous nous faisons de l’intelligence artificielle est fluctuante selon notre niveau de maturité technologique. Au même titre que notre niveau de connaissance fluctue avec le temps, la représentation de l’IA se doit d’être avant tout performative plutôt que chimérique. 
 

 

Des entreprises comme Boston Dynamics semblent également s’émanciper de ce modèle de représentation humaine avec cette danse de robots au design bien originale. Une représentation non anthropomorphique qui n’a pas empêché l’entreprise d’être rachetée par l’industriel Hyundai**. 

Ainsi, plutôt que de courir après la représentation déceptive d’IA humaine, misons tous nos efforts sur des IAs performantes et actionnables qui répondent à de vrais besoins. 

*De cape et de crocs, scénarisé par Alain Ayroles et dessinée par Jean-Luc Masbou depuis 1995
**https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/le-constructeur-auto-hyundai-acquiert-boston-dynamics-pour-921-millions-de-dollars-20201210

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